Mickaël Arcos

lundi, novembre 26, 2007, 10:23 AM ( 22 lectures ) - Cinéma - Posté par Mickaël
Premier Woody Allen de la collection du Figaro Magazine. Réalisé en 1984. On reconnaît bien là le joyeux Woody Allen qui, à partir de sujets sérieux, propose une comédie douce et légère, presque belle. Le thème ici est la confrontation du monde merveilleux de l'imaginaire face à la dure réalité du monde réel, respectivement incarnés par un fougeux aventurier-poète romantique (Jeff Daniels) et l'acteur de la vie réelle qui l'incarne (Jeff Daniels). Pour que le choc des monde s'opère, le personnage du film noir et blanc sort de l'écran pour rejoindre Cecilia (Mia Farrow), amoureuse du film La Rose Pourpre du Caire qui pour la énième fois prenait place dans la salle.

Le merveilleux Tom Baxter la fait rêver et la sort de son triste quotidien - sans emploi depuis qu'elle a cassé une fois de trop de la vaisselle dans le restaurant dans lequel elle travaille, et battu par son mari accro aux jeux et à l'alcool - mais force est d'admettre que la vie réelle ne s'adapte pas à ce type d'olibrius, ignorant tout et sortant des liasses de billets inutiles de ce côté-ci de l'écran.

La production du film, quant à elle, s'inquiète de cet événement unique au monde et part à la recherche de l'évadé, à l'aide de Gil Shepherd, son interprête. Lorsqu'il tombe par hasard sur Cecilia de laquelle il tombe également amoureux. "Il y a peu, personne ne m'aimait et à présent deux personnes m'aiment, et ce sont la même personne !"

Woody Allen m'émerveille de ses fines trouvailles et situations burlesques, et on se délecte de rentrer dans le monde où les personnages ont une vie à part entière, créée par la production et mise en vie par l'acteur. Parmi les moments des plus appréciables du film : Gil Shepherd et Tom Baxter qui se disputent de l'origine du succès du personnage, Tom baxter qui découvrent la religion dans un bordel, la visite du monde imaginaire par Cecilia (qui remarque que le Champagne servi sur le plateau n'est pas du vrai Champagne) et la fuite de Tom et Cecilia du restaurant où les billets de cinéma n'y sont pas acceptés.

J'apprécie particulièrement le sens profond que toute cette histoire évoque en fait. Derrière gags et rebondissements, Cécilia, triste, se voit confronté à un choix finalement très concrêt entre un être parfait mais imaginaire, dont chaque phrase pourrait être une tirade de cinéma ; et un être réel, fort ressemblant physiquement (anihilant astucieusement l'éventuelle comparaison), mais dont la proximité physique avec Cécilia n'est pas choisie. Comme le dit Tom : "Vous connaissez beaucoup de gens vous qui sortent de l'écran pour rejoindre l'être qu'ils aiment ?".

Mais la déception est rude. Cécilia se fait manipulée, et alors qu'elle réussissait à s'échaper, valise à la main, de la terrible vie menée avec son mari, elle se doit d'y retourner. Malaise emplifié par le "tragique de répétition", puisque déjà elle avait tenté la fuite. Ou disons la libération, tout comme le personnage derrière l'écran. Mais la seconde fois, Woody nous épargne son échec, amplifiant l'amer goût de la vie de l'illusion, du monde du cinéma.

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