Mickaël Arcos

mardi, janvier 19, 2010, 11:06 AM ( 28 lectures ) - Musique - Posté par Mickaël
L'Opéra de Paris présente à son opéra Bastille une production de Werther de Jules Massenet avec en tête d'affiche Jonas Kaufman et Sophie Koch.

L'histoire est inspiré du roman épistolaire de Goethe, Les souffrances du jeune Werther. Bien que français, l'opéra fut créé à Vienne dans une traduction allemande, et connu le succès un peu partout dans le monde occidental sauf à Paris, qui le créditera de chef-d'oeuvre bien plus tard.

Apparemment assez éloigné du texte de Goethe, Massenet, à travers ses librettistes, allège et simplifie les personnages en leur donnant des rôles plus attendus. Ainsi se résumerait l'histoire alors : Charlotte, fiancée à Albert, se laisse éprendre par Werther, ami d'Albert. Bien qu'arrangée, Charlotte privilégie sa relation avec Albert, se marrie, et tente en vain d'oublier Werther, qui se suicide de désespoir.

Cette intrigue est en fait supplantée, à Bastille, d'une mise en scène impressionante. Jonas Kaufman dans le rôle de Werther y joue pour beaucoup. Peu à peu la gaîté du premier acte, par la répétition de chants de Noël aux enfants par le bailli, laisse place au tragique de l'amour impossible. La fin de Werther coïncide avec la date de Noël, où les chants des enfants doublent la mort de Werther. Le décors extérieur léger et lumineux fait peu à peu place à des intérieurs lourds et sombre, nous plongeant dans le désespoir.

J'ai pris une place un peu par hasard, attiré surtout par Jonas Kaufman qui fait beaucoup parlé de lui en ce moment à l'Opéra : il renouvelle le jeu sur scène en osant plus que ses prédécesseurs. En plus de son physique à faire tomber les demoiselles (de tout âge), il chante divinement, ce qui fait de lui un artiste phénoménal. Il ouvrait la Scala de Milan avec Carmen dans le rôle de Don José. Ainsi je me procure une place de dernière minute, à 20 euros. Du 12ème rang, je vois tout, j'entends tout, je me délecte.

Même si ça sera très différent que dans la salle, vous pouvez voir cet opéra en direct sur Arte le 26 janvier 2010 et l'écouter sur France Musique le 23 février 2009. Ou bien sûr en vrai à l'Opéra Bastille !

vendredi, janvier 8, 2010, 07:47 PM ( 22 lectures ) - Musique, Livres - Posté par Mickaël
L'art de la musique selon Gould passe par l'isolement et la solitude. Tel est le constat auquel parvient Michel Schneider au sein de son ouvrage "Glenn Gould Piano Solo". Le pianiste canadien souffre la musique. Son quasi ultime concert de Chicago, alors qu'il avait 25 ans, est la clé de voûte de l'ouvrage. C'est à partir de cet événement que Gould décide de quitter la scène. Il se consacrera à l'enregistrement, avant de décider d'arrêter de jouer du piano en public. Il a alors 50 ans. Il décède. Ses variations Golberg sont à l'essai la structure : un aria, trente variations.

Glenn Gould ne se voyait pas comme un pianiste. Il se voyait comme un compositeur, un penseur et un écrivain. Il laissera peu de traces dans ces domaines. Négligeables en tout cas face aux quelques 80 albums enregistrés, majoritairement pour la musique de Bach.

Michel Schneider, ancien directeur de la musique et de la danse au ministère de la culture de 1988 à 1991, dresse ici un portrait agrégé des divers ouvrages déjà parus sur l'interprète, notamment la trilogie de Bruno Monsaingeon. Il nous partage sa passion en analysant ses comportements, en particulier cette recherche de la solution pour la création musicale, et en annexe l'hypocondrie qu'il nourrit au long de sa vie.

L'essai de Schneider survole un peu tout (bien plus que les ouvrages de Bruno Monsaingeon qui visent l'exhaustivité), interprête, mélange les divers récits parus sur Gould. Telles les Variations Goldberg. Le résultat est convainquant, agréable à lire (pour un initié !), bien que j'échappe souvent à la profondeur visée de ses analyses comportementales.

Voici un extrait de son chapitre 28.

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Le 10 janvier 1955, David Oppenheim, directeur des disques Columbia, rendit visite à Alexander Schneider dans sa maison de New York. Ils écoutèrent un enregistrement de Dinu Lupatti, et Oppenheim se prit à rêver d'enregistrer un autre pianiste aussi exceptionnel. Schneider, qui avait fait avec Gould de la musique de chambre, répondit que cet autre existait et allait jouer au Town Hall le lendemain. Le 12 janvier, Oppenheim, transporté, signait le premier contrat de Gould. A la mi-juin le pianiste enregistra les Variations Goldberg au studio Columbia à l'angle de la Troisième Avenue et de la 30ème Rue Est.

[...]

En 1955, Gould avait décidé de présenter son disque avec en couverture trente photographies de lui (une par variation), dont chacune montre un aspect de sa personnalité. Sur la dernière version, une seule photographie. L'homme est veilli, plus que vieux (il n'avait pas cinquante ans), usé par les médicaments. Le merveilleux visage d'adolescent qu'il avait su garder longtemps était recouvert d'une suie froide, et il n'y avait plus la musique, comme sur les dernières bandes filmées, pour l'éclairer encore par instants.

La différence entre les deux versions tient en un mot : moins.

Moins vite, moins de tensions et d'intentions, moins de dehors. Gould enlève, il procède par soustraction, omission, ellipse, et pourtant, tout est là. C'est l'incroyable : au bout de ce moins, plus nous est donné. L'art procéderait-il toujours "per via di levare" ? Même s'il ajoute, comme le fait Gould, accentuant les voix intermédiaires, médianes, j'allais dire intérieures. Gould aurait sans doute dit que pour prier, il faut avoir les mains vides
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Les variations Goldberg (version 1981) ont fait l'objet d'un film réalisé par Bruno Monsaingeon : http://www.youtube.com/watch?v=g7LWANJFHEs (les sept premières)
J'aime cet enregistrement moins connu d'une oeuvre de Beethoven peu connue également : http://www.youtube.com/watch?v=yR5AVUiNI-0

mardi, décembre 29, 2009, 02:00 PM ( 29 lectures ) - Livres - Posté par Mickaël
Un homme et son fils parcourent le pays, désert, anéanti sous la cendre et à la merci de vagabonds isolés ou en bande, cherchant de la nourriture, de l'eau, un refuge. L'homme et son fils en fontt partie. Ils ont "le feu", un revolver qui peuvent leur donner l'avantage face aux mauvaises rencontres. Ainsi il survivent pendant des mois, des années sûrement.

Les saisons n'existent plus vraiment. Il fait froid. Le ciel et la mer sont gris. Tout est décimé. Le temps non plus n'existe plus. Combien de temps marchent-ils ? Où vont-ils ? D'où viennent-ils ? Ces questions n'ont plus d'importance. Il faut trouver à boire, à manger. Pour rester en vie, pour sauver le petit aussi. Pour voir si vraiment tous le pays est décimé. Est-ce vraiment possible ? D'atrocité en atrocité, protéger et pousser le caddie de vivres et de couvertures le long de l'interminable route est l'unique objectif. Vers le sud, où il fera plus chaud. La route est la surface la plus praticable pour tous, qu'on ne voit pas, et donc la plus dangereuse.

McCarthy réussit à faire de ce que chaque histoire nécessite pour se raconter, des éléments sans importance. Tellement mineurs par rapport à ce que rester en vie veut dire et occupe l'esprit. Les noms des personnages, les lieux, ...

L'écriture est déroutante. Tantôt confuses, tantôt virtuose. Voici un extrait, page 162.

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Ils commençaient à rencontrer de temps à autre de petits cairns de pierres au bord de la route. Il y avait des repères dans une lngue de gitans, des signes de piste inutiles. Les premiers qu'ils voyaient depuis pas mal de temps, fréquents dans le nord, jalonnant le chemin de fugitifs échappés de villes pillées et exsanguees, messages sans espoir à des êtres cherss perdus et morts. En ce temps-là déjà tous les mgasins d'alimentation avaient fermé et le meurtre régnait partout sur le pays. Le monde allait être bientôt peuplé de gens qui mangeraient vos enfants soous vos yeux et les villes elles-mêmes seraient entre les mains de hordes de pillards au visage noirci qui se terraient parmi les ruines et sortaient en rampant des décombres, les dents et les yeux blancs, emportant dans des filets en nylon des booîtes de conserve carbonisées et anonymes, tels des acheteurs revenant de leurs courses dans les économats de l'enfer. Le tals noir et mou volait à travers les rues comme l'encre d'un froid s'insinuait sous la peau et l'obscurité tombait de bonne heure et les pillards courant lees canyons abrupts leurs torches à la main trouaient les congères de cendre de soyeuses crevasses qui se refermaient sur leurs pas aussi silencieusement que des yeux. Sur les routes là-bas les fugitifs s'écroulaient et tombaient et mouraient et la terre glauque sous son linceul suivait tant bien que mal son chemin de l'autre côté du soleil et s'en retournait aussi vierge de toute trace et tout aussi ignorée que la trajectoire de n'importe quelle planète soeur innommée dans le noir immémorial.
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Leur mort est inévitable. Mais comment cela a-t-il bien pu commencé et va-t-il bien finir. Il faut dévorer le livre, comme je l'ai fait, pour se mettre à leur place.

dimanche, décembre 27, 2009, 02:12 PM ( 21 lectures ) - Livres - Posté par Mickaël
Shan Sa est une écrivaine française d'origine chinoise. Dans son livre La joueuse de go elle nous plonge dans deux histoires enchevêtrées. L'une est celle d'un soldat japonais qui occupe la Chine, la Mandchourie. L'autre celle d'une jeune femme chinoise au cœur de la Mandchourie occupée. Il évolue avec son régiment dans diverses villes. Elle étudie, découvre l'amour, la trahison, la violence, la mort, ... et insatiablement joue au jeu de go place des Mille Vents. Elle joue contre des inconnus. Elle joue contre le même inconnu. Une partie infinie, ponctuée par des attaques japonaises, des enlèvements, des relations sexuelles, des morts, de l'alcool, de l'espoir et du désespoir.

L'histoire est touchante. Le récit est saccadé, à l'image de la vie de ces peuples en guerre. Rien n'est superflu et l'histoire est comptée avec beaucoup de pudeur. Une très belle histoire.

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