Mickaël Arcos

dimanche, août 14, 2011, 05:32 PM ( 25 lectures ) - Musique - Posté par Mickaël
Jorge Luis Prats n'est pas le plus connu des pianistes internationaux, et pourtant il n'a rien à envier à ses pairs. Né de parents espagnols à Cuba, où il devra y rester contraint, il a remporté de prestigieux concours internationaux et joué avec les plus grands orchestres et sur les plus grandes scènes classiques du monde. Et à la Roque, il contraste beaucoup avec les autres pianistes et incarne pour moi l'image parfaite de l'artiste accompli.

Premièrement, le choix du programme qu'il a joué vendredi dernier. Bien loin du programme classique "on commence doucement, et on construit un programme autour d'une oeuvre diaboliquement difficile qui fera son effet". Les Etudes Symphoniques sont complexes et on mit immédiatement en avant le caractère de Prats : jeu complet, son plein, jamais dur, jamais exagéré ni demonstratif. Il est clair qu'il cherche à sortir de l'oeuvre sa musicalité la plus complète, au détriment de la technique.

La deuxième partie est extrêmement intéressante et nous fait voyager à Cuba et au Brésil, pour finir avec son propre arrangement de la fantaisie Espagnole de Liszt. Tant de fois nous avons vu à la Roque ou ailleurs ces chinois, coréens, japonais, géorgiens, roumains et autres tenter de maîtriser à la perfection, et se consacrer à vie à la musique allemande, autrichienne et française. Elle est divine certes, mais n'est pas dans le socle culturel des artistes venus les présenter. Quel travail, et quel dommage car il se fait au détriment de leur propre culture qu'ils pourraient faire rayoner. Pour exemple, en Chine, lorsque les pianistes comme Yuja Wang abordent la musique allemande, ils abordent également l'histoire et la culture allemandes et européennes, car d'emblée elle leur font défaut. Ici Prats nous apporte sa culture du bout de ses doigts, pour un public immédiatement conquis. (à noter que Lang Lang, Mihaela Ursuleasa et quelques autres ont aussi cette approche).

Deuxièmement, il présente une oeuvre de son propre arrangement, fait rarissime dans la musique classique souffrant à petit feu de d'un vieillissement de son répertoire. Une fois encore, ce fait incarne le profond de l'artiste qu'est la création. Au delà de l'interprétation : la composition, et ici l'arrangement.

Pour finir, Prats créé immédiatement une connivence entre le public et lui, et instancie un dialogue sincère. Au piano, il jubile, semble ne jamais s'ennuyer ni se fatiguer, mais écouter et prendre plaisir non pas à l'interprétation mais à la musique-même. Et il sourit, rigole, embrasse, remercie du fond du coeur.

C'est pourquoi, sans hésiter, je place le concert de Prats comme le meilleur de tout le festival. Il est une incarnation pour moi du pianiste tel qu'il devrait être aujourd'hui : nous transporter, nous faire découvrir, nous surprendre et nous entousiasmer.

Découvrez Jorge Luis Prats grâce à ces vidéos choisies :
http://www.youtube.com/watch?v=bN1xtdBZ ... re=related
http://www.youtube.com/watch?v=rJ5ZJp-P ... ure=relmfu
http://www.youtube.com/watch?v=wGAbKWf6 ... ure=relmfu

vendredi, août 12, 2011, 10:13 AM ( 34 lectures ) - Musique - Posté par Mickaël
Le 12 août, le festival proposait une nuit du piano consacrée aux duos des soeurs Naughton et Buniatishvili. Deux concerts très différents autour du quatre main et du double piano.

Le premier concert a vraiment surpris par l'incroyable synchronisation des deux soeurs (jumelles) et la perfection technique tout au long du concert. Il est rare d'assister à des concerts où rien n'est reprochable techniquement, qui plus est à deux : aucune fausse note, aucun accroc, aucun décalage. C'était impressionnant de symbiose musicale. Pour couronner le tout, l'intégralité du concert s'est donné sans partition, fait également rare en musique de duo. Une performance hors du commun donc.

Je me permets tout de même d'émettre la critique qu'il y a assez peu de surprise, malgré une musicalité très travaillée. Cette musicalité semble parfois un peu trop collée, en particulier dans la sonate de Mozart jouée un peu trop vite à mon goût. Le Lutoslawski était un choix parfait pour elles-deux, et était pour moi le clou du spectacle.

S'en suivait les soeurs Buniatishvili. Je découvrais hier l'existence de Gvantsa, Khatia étant déjà bien connue des circuits de musique classique de haut vol (je l'ai vue à Radio France). Le concert était tout autre, et a quasiment relégué le premier concert à de la musique de salon tellement le choix musical était ici porté sur de longues épopées plutôt que des pièces courtes et joviales. Pourtant les morceaux n'étaient pas si facile d'accès. La deuxième suite de Rachmaninov n'est pas ce qui le caractérise le mieux, et la fantaisie Porgy and Bess n'en finissait plus. En contrepartie nous étions littéralement plongés dans un tourbillon musical sans fin, qui se terminait par la valse de Ravel, symbolisant parfaitement le cheminement dans lesquels ces deux soeurs ont décidé de nous mener.

lundi, août 8, 2011, 11:33 AM ( 28 lectures ) - Musique - Posté par Mickaël
Julia Kociuban est une jeune pianiste polonaise de 19 ans, extrêmement talentueuse. Malgré sa biographie qui étale partout son premier prix au concours national Frédéric Chopin à Varsovie, il ne doit pas être confondu avec le concours international Frédéric Chopin à Varsovie. C'est souvent le cas, on glisse une douce confusion dans le nom et le lieu, et on y croit dur comme fer. C'est l'occasion pour moi de rappeler ce qu'est le fameux concours (international) Chopin.

Il s'agit de l'un des plus grands concours de piano du monde, dédié à la musique du grand compositeur. Il a lieu seulement une fois tous les cinq ans. Afin de garder l'élitisme à son plus haut niveau, il arrive qu'un premier prix ne soit pas décerné. Ce qui arriva en 1990 et 1995. Parmi les grands lauréats de ce concours, notez Maurizio Pollini en 1960, Martha Argerich en 1965 (première femme), Krystian Zimerman en 1975, Yundi Li en 2000 et Yuliana Avdeeva en 2010 (deuxième femme), qui jouera demain mardi 9 août 2011 à la Roque d'Anthéron.

Un finaliste est élu par un éminent jury après quatre tours de compétitions et plus de 80 pianistes au début du concours. La grande particularité de ce concours est évidemment que la totalité de la musique est dédiée à celle de Chopin, ce qui m'invite à formuler quelque critique. Les lauréats de ce concours sont souvent étiquetés Chopin, ce qui a pour avantage d'immédiatement être appelé à jouer partout dans le monde car c'est une musique qui se vend particulièrement bien, et que le concours est très connu. Mais cette étiquette leur colle à la peau, et il leur faudra beaucoup de courage pour se diversifier et devenir des pianistes matures et accomplis dans un répertoire beaucoup plus vaste que celui de Chopin. Car malgré tout, Chopin ne représente qu'une toute petite partie de la musique pour piano, par rapport à la profusion des oeuvres de Liszt, Mozart, Bach, Shubert, pour ne citer que les superstars. Argerich et Pollini sont deux excellents exemples d'une carrière complète et réussie après un concours Chopin.

Pour revenir à Julia Kociuban, elle nous livrait samedi un récital très riche dans la fantaisie de Chopin, la grande polonaise précédée d'un Andante Spianato, et la célèbre et très longue sonate de Liszt. Elle sortait du piano un son incroyablement riche, rond et profond. Elle a conquit le public de 18 heures qui l'a rappelée deux fois dans un prélude de Szymanovsky et une étude Scriabine, l'assurance pour moi qu'elle se dirige vers la musique russe (Scriabine est russe, Szymanovsky polonais), et surtout la musique post-romantique, ingrédient crucial à mes yeux pour poursuivre une grande carrière.

Liens:
[EDIT 11/08] 09/08 Récital Julia Kociuban new=true]Ecouter le concert de Julia Kociuban sur France Musique[/url]
Ecouter en intégralité les concerts du XVIème concours Chopin.
Site officiel de Julia Kociuban (anglais)

lundi, août 8, 2011, 11:23 AM ( 28 lectures ) - Musique - Posté par Mickaël
La Roque étant un événement majeur dans le monde de la musique classique, il est très largement filmé et enregistré. Voici les liens pour ne rater aucune retransmission du festival. Nous ne sommes qu'à un peu plus de la moitié du festival, donc il y en aura encore ! Je mettrai à jour cet article.

Les concerts Radio France ne sont disponibles que 30 jours après leur diffusion.

Concerts Arte Live Web:
10/08 Jazz: Tigran Hamasyan en solo à la Roque d'Anthéron
09/08: Aldo Ciccolini et Michiyoshi Inoue à la Roque d'Anthéron
04/08 Jazz: Yaron Herman Trio à Rognes
01/08 Jazz: Tord Gustavsen Trio à Rognes
28/07 Nikolaï Lugansky interprète Liszt et Rachmaninov à la Roque d'Anthéron

Emission France Musique "Le magazine des festivals":
Emission du 06/08
Emission du 05/08
Emission du 04/08
Emission du 03/08
Emission du 02/08

Emission France Musique "Le concert en direct":
08/08 Wolfgang-Amadeus Mozart, Luis-Fernando Pérez, Piano
04/08 Mozart, Haydn Zhu Xiao-Mei, Piano
09/08 Récital Julia Kociuban
08/08 Récital Einav Yarden, Piano
07/08 Nuit du piano Liszt
05/08 Rossini, Mozart (concertos pour piano) - avec ma participation en tant que bénévole
03/08 Nuit du piano : Carte blanche à Adam Laloum

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